Connaissez-vous l'éternelle question ? Qui de la poule ou de l'oeuf est arrivé le premier ?
Y'en a plein d'autres fort existentielles qu'on ne se pose pas forcément quand on est dans la peau d'une femme comme moi...
Qui de mes angoisses et de mes peurs ou de ma carapace de graisse est apparu en premier ?
Bin là non plus c'est pas évident voyez-vous...
Mon psy, dans sa grande et professionnelle sagesse, pense qu'en perdant du poids et en développant... Moi, j'en suis pas convaincue...
Certes, mes angoisses m'ont peut-être incitée à manger plus que de raison à certains moments de mon existence, mais ma colère et ma frustration ont fait le même effet... la honte et l'abattement aussi...
Que les deux soient liées n'est même pas avéré.
Le fait est que mes émotions me donnent envie de manger. Or l'angoisse n'est-elle pas une émotion ?
J'ai essayé de ne rien ressentir, de m'abstraire du monde et ça a marché pendant un temps. Mais le monde et les gens que j'aime me ramènent à une réalité à laquelle je e peux échapper. Je ne peux nier celle que je suis, ni arrêter simplement d'exister sous prétexte que cela me fait manger... Et pas n'importe quoi ! Bien entendu ! Le doux, le sucre et le moelleux sont à l'honneur.
Beaucoup pourront me dire qu'on est tous un peu comme ça. Mais la plupart arrivent à s'arrêter à quelques carrés de chocolat sans finir la tablette ou à une friandise sans terminer le paquet... Moi je perds toute notion de modération. J'oublie tout, pour la seul satisfaction d'une seul sens... Jusqu'à ce que le paquet soit vide... Je dois me faire violence et me concentrer pour savourer les aliments et les garder en bouche plus de quelques secondes avant de passer à la bouchée suivante... Je dois me préparer une dose unique pour ne pas avoir la tentation de manger plus que de mesure. Il n'y a jamais de reste dans mon frigo... Et, quand je ne suis pas dans un environnement contrôlé, je suis à la merci des sympathiques propositions alimentaires envers lesquelles c'est une torture voire une impolitesse de refuser...
Cela peut être générateur d'angoisse, je l'avoue aussi...
Mais enfant, j'étais une gamine freluquette au caractère vivace et rieur. Et, même si j'avais certainement de l'appétit, ma prise de poids n'a commencé que lorsque nous avons été contraints de changer de maison...
Là ont commencé les changements... Il y a eu des grandes tristesses, de difficiles séparations et la peur d'un nouvel environnement totalement inconnu. Et, à vrai dire, je n'étais pas grosses, avant qu'ils ne commencent à me rejeter... Je venais simplement de la ville d'à côté. C'est seulement là que je suis devenue un petit Caliméro... Sauf qu'à la place de la coquille, je me suis bâtie une carapace.
Donc, d'après moi, au commencement, il y eu l'angoisse...
Y'a pas de responsable, pas de coupable.
Y'a seulement de la peur pure.
Mais de quelle arme user face à une peur sans objet ?
Vous, qui me connaissez, vous ne vous doutez sans doute même pas que je la ressens en permanence tant j'ai appris à la masquer. Je fanfaronne, je blague, je fais rire... J'affronte mes peurs avec une brave lâcheté quand je suis à vos côtés, mes amis. Mais quand je me retrouve seule, face au miroir, il ne me reste plus que de la chair vide, recroquevillée à l'intérieur mon âme, au bord du gouffre, attend son châtiment.
Pour quelle faute ? Je n'en sais rien...
Peur de m'être trompée, d'avoir fait souffrir quelqu'un, en acte ou en parole, d'avoir commis une faute quelconque. Peur d'avoir dit 'oui' à la vie, ne serait-ce qu'un tout petit peu... De ne pas mériter votre amitié, ni vos considérations. De ne pas mériter les bienfaits que la vie, par votre intermédiaire, m'apporte.
Dieu merci, je parviens à quelques moments de répit par votre compagnie, l'écriture, la lecture ou la contemplation des beautés de notre monde, du moins ce qu'il en reste...
